Ce jour-là, accoudé sur son céleste balcon, Dieu regardait, l’air préoccupé, la terre qu’Il avait créée avec tant d’amour. De son point d’observation, Il pouvait apercevoir tous ses enfants en même temps. Un pli soucieux barrait son front divin. Il voyait leur agitation, leur course effrénée à la recherche de bonheurs chimériques, qui loin d’assouvir leur désir creusaient davantage le vide de leur coeur. Ah! S’ils savaient que je suis le seul à pouvoir étancher leur soif de bonheur, d’amour et d’infini. Mais combien parmi eux ne me connaissent pas ou ne savent même pas que j’existe? Combien ne savent pas ou ne croient pas qu’ils sont sauvés par la vie, la mort et la résurrection de mon Fils, Jésus? Comme le dit si bien l’Évangile « La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux.» .Matt.9,37-38. Et Dieu, le grand Dieu qui a créé le ciel et la terre et tout ce qui existe se prit la tête entre les mains et pleura. C’est alors qu’un petit nuage qui passait par là, ému de compassion s’approcha de Lui et cueillant sur ses lèvres de nuage les larmes divines les avala respectueusement. Sur le champ, il devint si beau et si grand qu’il invita Dieu à se reposer au creux de son lit de vapeurs moelleuses. Dieu sourit et se laissa emporter par le nuage qui filait gaiement sur les ailes du vent. Il était si bien qu’il s’endormit et fit un rêve.

Il se trouvait devant une petite église toute simple mais sympathique à souhait, d’où sortaient par les portes ouvertes une musique et des chants de louanges si enthousiastes et si invitants, qu’intrigué, Il entrât Et Il se trouva en présence d’une trentaine de personnes qui chantaient et priaient accompagnées par des musiciens passionnés. Prières et chants terminés, un animateur enflammé d’un zèle si ardent que pendant quelques instants Dieu crût reconnaître st-Paul, prit la parole. Mais non, se dit-Il, ce n’est pas son époque. Alors, Dieu se glissa sur une chaise et tendit l’oreille. Mais écoutons plutôt notre dynamique animateur.

« La mission d’évangéliser, c’est Jésus qui l’a confiée à ses apôtres avant de les quitter: « Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit Matt.28,18-20. Issus nous-mêmes des nations, donc d’origine païenne, si nous sommes chrétiens c’est grâce à un Paul, un Pierre, un Jean qui ont évangélisé nos lointains ancêtres et cela souvent au prix de leur vie. Aujourd’hui, c’est à nous qu’est confiée cette mission de faire connaître le Salut apporté par Jésus à ceux et celles qui ne le savent pas ou l’ont déjà su mais n’y croient plus. Il ne s’agit pas de partir en croisade, il s’agit plutôt d’avoir l’audace d’afficher ses convictions, sa foi en Dieu, en tout temps, en toute situation.

Pour accomplir notre mission, il n’est pas nécessaire d’avoir une formation d’évangélisateur. Il faut cependant croire en notre mission, à son importance et être convaincus de faire la volonté de Dieu. Nous avons besoin du secours de l’Esprit-Saint, donc de la prière que rien ne peut remplacer. Prier pour ceux et celles que nous voulons rejoindre, demander à Dieu de préparer leur coeur pour que la semence que nous y répandrons tombe dans la bonne terre. Prier pour nous aussi, pour que nous ayons le courage d’affronter nos peurs, nos complexes, pour que notre attitude et les mots que nous dirons nous soient dictés par la vérité, l’amour, l’ouverture d’esprit et le respect des personnes. Prier pour rester calmes et sereins face aux gens qui peuvent nous blesser par leur mépris, leurs interventions ironiques, prier pour persévérer malgré les échecs apparents et laisser à l’Esprit le temps de la récolte.

Évangéliser? Mais qui ? Pourrions-nous demander. La moisson est abondante, elle est partout en commençant par notre famille, nos proches, nos amis, nos compagnons et compagnes de travail et de loisirs, bref partout où nous sommes. C’est par notre conduite, nos valeurs vécues, nos prises de position en faveur de la justice et des démunis, par une conscience sociale plus avertie, par notre respect des autres tout en en respectant nos convictions et notre identité chrétienne que nous serons missionnaires, plus que par nos beaux discours. Quand l’occasion se présente, on peut aussi témoigner d’ une expérience vécue ( une conversion grande ou petite, un évènement d’intérêt pour la foi, une leçon de vie ) aura souvent l’art de toucher le coeur des personnes à qui on le partage, plus que la plus belle prédication.

Le chrétien authentique ne se demande pas ce que Dieu peut faire pour lui mais ce que lui, peut faire pour Dieu et les autres. Il mène une vie unifiée en conformité avec ce qu’il croit. En le voyant agir, on devine qu’il puise à une source de vie et de joie qui vient de quelqu’un de plus grand que lui. C’est ainsi qu’il interpelle et devient lui-même pour ceux qu’il rencontre la motivation de connaître un bonheur semblable au sien. C’est par le rayonnement de ce qui le fait vivre qu’il peut être influent dans le monde. En choisissant de miser sa vie sur le Christ il met en pratique les cinq essentiels qui font de lui ce pourquoi il a été créé : « Enfant de Dieu à l’image du Christ. »

Dieu naviguait toujours sur son nuage, quand un coup de vent le réveillât. Où suis-je, se dit-Il? Où est la petite église? Ah! …Ce n’était qu’un rêve, quel dommage! Mais,… je la reconnais maintenant cette petite église, après tout ce n’était peut-être pas qu’un rêve. C’est le lieu où se rassemble une communauté dynamique qui cherche à se renouveler. Je suis bien prêt à leur faire confiance. Et… vous, l’avez-vous reconnue, cette petite église? Que diriez-vous de relever le défi que Dieu nous propose?

Graziella Lapierre-Turbide